Le Cri du Silence de Angel Arekin

Quand je plonge dans ses yeux, j’y vois toute une rivière d’amour que personne ne prends le temps de regarder.

Je crois pouvoir dire que je suis une lectrice de saison… Et quoi de mieux qu’un roman de Angel Arekin m’emmenant dans l’archipel des Lofoten, à la période où le soleil disparait pour laisser place à la nuit persistante et sombre, pour partir à la recherche du frisson en cette période d’Halloween ?

Après cette lecture, s’il m’est difficile de dire si je serai partante pour monter dans un avion afin d’aller visiter ces contrées sauvages que l’auteure a su magnifiquement dépeindre, à contrario, il est évident, hormis le fait que la situation actuelle risquerait d’être un frein à ce voyage, le mystère sombre et tortueux de cette histoire va longtemps planer dans mes souvenirs. Les frissons étaient au rendez-vous ! De peurs, d’appréhension, d’horreur, mais aussi ceux ressentis à l’approche d’un désir nouveau, incontrôlé et sauvage.

Telle une architecte qui va vouloir rénover un manoir sordide pour en faire un bel hôtel avenant, l’auteur ici va désosser pierre après pierre la structure même de cette histoire, laissant entrevoir toutes les aspérités, moisissures et irrégularités sans pour autant en donner l’origine. Oppressant serait le qualificatif que j’emploierai pour caractériser ma lecture. Pourtant, elle donne tous les indices, mais « il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir “, et notre esprit est formaté pour ne pas pouvoir appréhender l’inconcevable, mais aussi se conforter dans les apparences, rendant bien plus facile tout jugement.

Cette lecture fut un réel défi d’observation… À travers toutes les descriptions m’immergeant dans cette nature sauvage et atypique, il a fallu regarder au-delà des façades et y considérer tous les habitants, avec leurs espoirs, leurs désirs, leurs peurs, leurs terreurs…

Parmi eux, Maja qui vit là depuis toujours avec son père et son frère. Très entourée, protégée elle est de nature curieuse, perspicace et ne laisse pas convaincre par les aprioris ni les ragots. Se forger sa propre opinion est sa force. Si 10 ans vont séparer l’adolescente de l’adulte, elle restera à travers le temps la Maja rebelle, ‘à la recherche d’indépendance ‘et de vérités avérées et non logiques ou induites. Et la vérité pour laquelle elle partira en croisade sera : qui est réellement Caern ?

Sauvage, taciturne, avare en paroles… Différent… Il est jugé, mis au bucher par tous ou pour tout… Mais Maja l’observe, écoute ses silences et surtout suit son instinct et son cœur envers et contre les médisances et allégations des autres. Savoir regarder quelqu’un n’est pas donné à tout le monde ! Il faut être objectif, attentif et réellement en avoir envie. C’est épuisant. Il est évidemment plus facile de ne regarder qu’en surface plutôt que de la gratter (comme on regarde un lac gelé sans y voir tous les dépôts et les déchets prisonniers à l’intérieur). C’est toute la différence entre voir et percevoir, entre croire et savoir, entre vouloir et pouvoir.
Maja sait regarder, et c’est un fait : elle voit Caern, tel qu’il est réellement ; avec ses peurs, ses faiblesses, ses angoisses, ses ténèbres, mais surtout, elle voit aussi tout le reste.

Ils se font peur mutuellement, car inexorablement attirés l’un par l’autre ils vont devoir s’accepter entièrement. Mais pour accepter l’autre, encore faut-il s’accepter soi-même en se regardant au plus profond de soi.

Bien sûr, hormis cette magnifique histoire entre Maja et Caern, il y a cette enquête criminelle… Tous y vont de leurs témoignages, arguments, soupçons… Le coupable est tout trouvé… Le mobile ? À voir… 10 ans séparent le premier meurtre du dernier… Hasard ou coïncidences ?

Mais n’est-il pas vrai que ‘quand trop de coïncidences se croisent, ça n’en est plus… ‘?

Les indices s’assemblent… Les ténèbres se referment de plus en plus… L’horreur s’insinue au fur et à mesure des pages… Les découvertes laissent ébahies et dérangent avec un certain sentiment de dégout, mais aussi d’empathie… Les rebondissements glacent le sang, le cœur… Les sourires s’effacent pour laisser place aux larmes… ‘Le cri du Silence’ perce le temps, le son, l’entendement, le cœur, l’âme…

Je vous l’ai dit au début, frissons garantis ! En attendant que le soleil se lève enfin sur les Lofoten, n’hésitez pas à plonger dans la nuit polaire. Elle reprend toujours ses droits en libérant les âmes.

Alexia

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