Bas les Crocs: Le coeur des maudits 1 de Ambre De Langevin

Est-il mieux de vivre dans la mélancolie et le regret sans jamais  rien partager ou souffrir de la perte d’une personne avec qui l’on a eu le bonheur de vivre quelque chose…

« Bas les Crocs : Le Cœur des Maudits, Tome 1 » est tel un bonbon… pas de ceux à croquer à la va-vite ! Non… de ceux à déguster lentement et intensément, en appréciant chaque mot, chaque notion, chaque sensation… se laissant porter par cette intemporalité traversant les époques et les fictions, mais aussi les réalités universelles de bonté et d’humanité.

Fichtre !

Tout d’abord, vous dire que je n’ai pas été surprise par la plume d’Ambre De Langevin ou encore par le ton qu’elle a donné à ses mots serait mensonge ! Expression d’antan, un peu sanglante… Mais voilà… un bonbon à déguster, rappelez-vous. Et pour ma part, ce fut un délice, car une foi la mise en bouche, je n’ai pu m’arrêter.

Si je devais qualifier ma lecture d’un seul mot ce serait : décalée… un décalage entre époques, éducations, mondes, aspirations… ce genre de décalage qui fait que l’on s’interroge sur la nature humaine, sur son évolution, mais aussi sur son avenir.

Un décalage qui nous propulse dans une époque ancienne tout en restant au présent. Un choc de cultures, mais aussi de civilisations… que ce soit dans le vocabulaire utilisé, les manières mentionnées, l’éducation exposée, les agissements dévoilés et surtout les principes fondamentaux ancrés et relayés par les personnages.

Il y a une réelle distorsion entre vitesse et réaction à un même instant… Une notion du temps, dont la durée est à la fois le problème et la solution. Avoir le temps et passer son temps… Prendre le temps lorsque ce dernier est compté… Et ne pas l’apprécier lorsqu’on en a sans compter… 

Il faut dire, que du temps, notre héroïne, Leto, en à revendre… Être maudit originel, voilà de nombreux siècles qu’elle erre sur ce monde. Leto est un personnage auquel on ne peut que s’attacher, en tout cas ce fut immédiatement mon cas, et ce ne sont certainement pas les rares, mais sincères ami(e)s qui ont et vont traverser son histoire qui diront le contraire. Un brin dandy, sarcastique, elle a ce côté nonchalant qui cache un attachement profond pour son entourage. Car c’est une évidence : Leto se cache.

Elle veut se cacher ? Diantre, sa garde-robe la met tellement en avant qu’on ne voit qu’elle… Elle se veut « solitaire » ? Dieu l’en garde… elle est bien pus entourée qu’elle ne le voudrait… Elle se veut détachée ? Ma foi, il semblerait qu’elle soit des plus protectrices. Elle se veut monstre ? Diable, il n’y a pas plus humain qu’elle… Si son cœur ne bat pas réellement, il est loin d’être insensible pour autant… 

Sa volonté du « bien » dépasse de loin tout autre dessein, envie ou désir…

Certes, malgré sa ténacité à s’isoler, sa rencontre avec un homme en particulier va l’ébranler et provoquer arythmie à son cœur plat. Cet homme, elle  le trouve bien trop jeune, bien trop fragile, bien trop humain. Et surtout bien trop entêté ! Mais Leto a l’expérience et l’assiduité des années…

À travers le personnage de Leto, on ne peut que se poser nombre de questions existentielles sur le temps, son usage, sa temporalité et sa charge en humanité. 

Combien de fois ne dit-on pas : le temps fera son œuvre… mais voilà, le temps était-il toujours notre allier ? Ou à force, devient-il notre propre ennemi ? Et si trop de temps tuait le temps ? Se  pourrait-il qu’au lieu d’apporter force et ténacité, il soit plutôt porteur d’abattements et regrets face à une évidente lassitude. Qui ne serait pas usé, fatigué et attristé au bout de quelques siècles d’errance sur cette terre, de voir toujours se répéter les mêmes erreurs humaines. 

La récurrence du temps n’est pas utopie, mais un fait avéré par l’Histoire. Les génocides, les destructions, les guerres… Il semblerait que l’humanité souffre indéfiniment.

« L’humanité était bien trop précieuse pour l’abandonner à l’éternité. »

Tout comme la notion d’éternel, on est confronté ici à celle d’éphémère. La durée de vie… l’instant de mort… Chacun des personnages apporte sa pierre à l’édifice mis en place par l’auteure quant à ces valeurs. Il est dit qu’il vaut mieux vivre 10 ans intenses et heureux, plutôt que toute une vie seul et malheureux. Probable… mais au final, qui sait de quoi est fait demain ? Et comment se relever après avoir touché au cœur du bonheur et l’avoir perdu ? Les souvenirs, de fait, sont-ils un soulagement ou une perdition ? Alors, traverser le temps seul, est-ce vivre ? Survivre ? Ou mourir à petit feu ? 

C’est un roman qui prend du temps, et qui en donne à ses personnages pour exposer, changer d’avis ou persister dans leur intention. 

Attention, ne vous méprenez pas, je ne dis pas que cette histoire m’a été ennuyeuse dans sa lenteur, bien au contraire ! Car c’est à grande vitesse que l’on va suivre déplacements, échanges, analyses, tactiques, enquêtes et quêtes… L’auteur fait d’ailleurs preuve d’une grande ingéniosité tactique et j’ai adoré me faire complice de la police et des chasseurs à la poursuite des méchants tout du long. Car, à n’en pas douter, cette histoire est avant tout une chasse au(x) meurtier(s) dont les pistes doivent être couvertes et découvertes, et la recherche et la conservation de l’humanité, ce bien si précieux que nombres oublient au fil du temps, une priorité…

Vous vous souvenez ? Un bonbon à déguster… Avec un petit côté acidulé montrant toute la dualité entre douceur et terreur, sagesse et caprice, années et siècles, isolement et sentiment, maîtrise et lasser aller, courage et peur, amour et douleur.

En bref, pour moi, « Bas les Crocs : Le Cœur des Maudits, Tome 1 » est l’histoire d’un « monstre » dont l’humanité devrait faire pâlir beaucoup d’humains… « N’est-ce pas ? »

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